Fibromyalgie et troubles du sommeil, ce que l’on sait et ce que l’on peut faire

Douleur généralisée, difficulté à trouver une position confortable, vertiges, myoclonies musculaires sont quelques-uns des symptômes nocturnes que ressentent les personnes souffrant de fibromyalgie. Pourquoi le rythme du sommeil chez le patient fibromyalgique est-il perturbé ? Le sujet a été abordé hier dans un facebook direct organisé par l’Association italienne du syndrome de la fibromyalgie (Aisf-Odv) dans la section “Je suis avec toi, et toi ?” en présence du Dr. Maurizio Rizzi, spécialiste en pneumologie et maladies du système respiratoire à l’hôpital Sacco de Milan et prof. Piercarlo Sarzi Puttini, président de l’Aisf-Odv et grand spécialiste de cette maladie. Pour animer la soirée Giusy Fabio, vice-présidente de l’association.

Douleur généralisée, difficulté à trouver une position confortable, vertiges, myoclonies musculaires sont quelques-uns des symptômes nocturnes que ressentent les personnes souffrant de fibromyalgie. Pourquoi le rythme du sommeil chez le patient fibromyalgique est-il perturbé ?

Le sujet a été abordé hier dans un facebook direct organisé par l’Association italienne du syndrome de la fibromyalgie (Aisf-Odv) dans la section “Je suis avec toi, et toi ?” en présence du Dr. Maurizio  Rizzi , spécialiste en pneumologie et maladies du système respiratoire à l’hôpital Sacco de Milan et prof. Piercarlo Sarzi Puttini , président de l’Aisf-Odv et grand spécialiste de cette maladie. Pour animer la soirée  Giusy Fabio , vice-présidente de l’association.

Différence entre repos musculaire et sommeil
« Une heure de repos suffit à soulager la fatigue musculaire physique et quelques secondes suffisent à compenser la fatigue des fibres nerveuses ; par conséquent, les heures que nous passons à dormir sont utilisées pour collecter et sélectionner les expériences que nous vivons pendant la journée, pour choisir celles qui doivent être mémorisées et pour écarter celles qui ne nous intéressent pas et cela se produit surtout dans les phases de sommeil le plus profond. Les stades de sommeil profond ont tendance à diminuer considérablement avec l’âge et chez les personnes de plus de 70 ans, ils ne se produisent presque plus. En sommeil paradoxal, les expériences jugées importantes et sélectionnées en sommeil non paradoxal sont renforcées » explique le Dr. Rizi.

« Les expériences des patients sont très importantes dans la fibromyalgie. Chez le patient qui va développer la fibromyalgie, lorsqu’il est jeune et donc en phase expérientielle, le système nerveux central s’active et se transforme en fonction des expériences que l’on a », souligne le prof. Sarzi Puttini.

Dans le sommeil, il existe également des phénomènes réparateurs des neurones du réseau central mais aussi des synapses entre les différents neurones qui au cours de la journée ont subi des phénomènes d’altérations dues par exemple à un dysfonctionnement métabolique.

90% des patients atteints de fibromyalgie rapportent des troubles du sommeil, un sommeil non réparateur, des réveils avec fatigue qui impactent fortement les activités quotidiennes. Les troubles du sommeil sont en effet comptés parmi les symptômes sévères de la fibromyalgie et corrélés à la douleur perçue par le patient.

Les différentes étapes du sommeil, lesquelles manquent chez le patient fibromyalgique ?
« Le sommeil pour être réparateur doit avoir une certaine structure, il y a des périodes qui se succèdent tout au long de la nuit, des phases de sommeil léger au sommeil profond jusqu’au sommeil paradoxal. Tout cela dure 80 minutes au début, mais progressivement la durée des différents cycles se réduit et les cycles se répètent 4 à 5 fois par nuit. Si ce cycle est interrompu, le sommeil ne reprend pas à partir de ce point mais recommence et il manque donc certaines parties qui font que la personne ne se réveille pas reposée. Chez le patient fibromyalgique, les phases de sommeil plus légères prédominent, donc les phases 1-2 de sommeil, tandis que les phases de sommeil à ondes lentes et REM, donc plus profondes, sont réduites. Aussi, les phases de sommeil sont souvent interrompues par des micro-réveils qui brisent donc l’architecture du sommeil et c’est comme si le patient fibromyalgique avait toujours une fenêtre ouverte sur les stimuli extérieurs. Ces interruptions continues font que le patient est mal reposé au réveil” précise le Dr. Rizi.

« Cette fenêtre ouverte amplifie également la perception de la douleur. La douleur donne une activation sympathique qui provoque une respiration périodique, des réveils nocturnes, des myoclonies musculaires nocturnes et donc des altérations hormonales hypothalamiques et une perception accrue de la douleur qui devient un cercle vicieux » ajoute le prof. Sarzi Puttini.

Les patients ne se plaignent pas de la durée du sommeil mais de se sentir mal reposés le matin.

Repos de l’après-midi oui ou non ?
En ce qui concerne le repos de l’après-midi, il n’est pas généralisable, précisent les experts, donc il ne peut pas toujours être considéré comme erroné car il y a des personnes qui ont un rythme veille-sommeil monophasique et donc veille le jour et repos la nuit mais il y a des gens qui ont un rythme diphasique, ce qui signifie qu’ils ont besoin d’un repos l’après-midi de 1 à 2 heures. C’est une nécessité physiologique du patient. Les patients demandent souvent de ne pas travailler en quarts et donc de ne pas être insérés dans des activités de travail nécessitant des quarts de soir ou de nuit car le travailleur de quarts a malheureusement un mauvais rythme veille-sommeil.

Les experts soulignent que les personnes souffrant de troubles du sommeil devraient être exemptées du travail posté afin de ne pas planer. La succession du rythme circadien indique que le jour vous êtes éveillé et la nuit vous dormez, et non l’inverse.

Peut-on étudier le sommeil ?
La polysomnographie est utilisée pour étudier le sommeil et utilise à cette fin diverses analyses allant de l’électroencéphalographie, l’électromyographie, l’électrocadiogramme, l’oxymétrie. Tous ces appareils doivent être syntonisés sur un enregistreur connecté à un PC. C’est un examen qui peut aussi se faire à la maison.

Qu’est-ce qui peut vous aider à mieux dormir ?
Une simple promenade peut vous aider à mieux dormir, mais pas dans les heures qui précèdent le sommeil. Une activité physique régulière à des moments éloignés de ceux du repos du soir aide le corps à se détendre et même un dîner léger, en évitant l’alcool et en évitant le café, peut contribuer à un meilleur sommeil.

Certains médicaments peuvent perturber le sommeil surtout s’ils sont pris le soir, un exemple est la cortisone qui est prescrite surtout chez les sujets atteints de polyarthrite rhumatoïde concomitante. La cortisone agit sur les variations du cortisol qui peuvent affecter les rythmes circadiens, mais les médecins en sont conscients et ont tendance à suggérer de la prendre le matin.

“Le timing de tous les médicaments est important car chaque médicament a sa localisation temporelle tout au long de la journée et cela fait partie de l’éducation du patient à utiliser correctement les médicaments” souligne le prof. Sarzi Puttini.

Chez le patient insomniaque, il y a l’aspect cognitivo-comportemental à considérer et certaines thérapies sont basées sur cet aspect qui se concentre sur l’esprit et sa relaxation en retrouvant un rythme normal.

« Si on prescrit un antidépresseur bivalent comme la duloxétine, celui-ci doit être pris le matin car son action est principalement antalgique alors que les médicaments sérotoninergiques sélectifs ont plus d’action sur la dépression que sur la douleur et peuvent donc aussi être pris le soir.

Nous considérons également que la réponse est très subjective. Le cannabis médical est très efficace sur le sommeil. Justement, nous prescrivons le CBT à prendre le matin car il a une action antalgique alors que le THC a plus d’action sur le sommeil et la relaxation et il vaut mieux le prendre le soir” précise le prof. Sarzi Puttini.

Le cannabis doit être bien calibré selon le patient car c’est un pesticide.

Parasomnie et apnée obstructive du sommeil et autres troubles L’
insomnie n’est pas liée à la fibromyalgie alors que la parasomnie l’est. La fibromyalgie est en effet liée aux myoclonies nocturnes, c’est-à-dire à la difficulté à garder les jambes immobiles et cela est assez fréquent chez les patients atteints de fibromyalgie. Cependant, un diagnostic différentiel doit d’abord être réalisé avec une éventuelle genèse vasculaire des crampes nocturnes avant de préciser qu’elles peuvent dépendre de myoclonies nocturnes.

L’apnée obstructive du sommeil ne dépend pas de la fibromyalgie ; certains médicaments peuvent les induire comme la carbamazépine qui induit le sommeil et peut donc augmenter l’incidence de l’apnée du sommeil.

Si un patient est en surpoids ou obèse, il peut avoir un chevauchement de fibromyalgie et d’apnée obstructive du sommeil.

De nombreux patients signalent également un bruxisme qui peut non seulement donner des douleurs qui persistent même le lendemain, mais peut également abîmer l’émail des dents. Dans ce cas, le problème peut être résolu avec une morsure.

Un autre problème est le vertige en sortant du lit. Ce problème vient du fait que les barorécepteurs s’adaptent plus lentement chez les personnes souffrant de fibromyalgie, donc parfois quand un patient sort du lit le matin, il peut s’évanouir et donc les médecins recommandent de bouger lentement.

« La fatigue de la fibromyalgie est physique et donc musculaire mais aussi mentale comme la difficulté à maintenir sa concentration et dans certains cas aussi à bien s’exprimer avec le langage. Par exemple, pour de nombreux professeurs de fibromyalgie, il est très fatigant de faire 3-4 heures de cours. A cela s’ajoutent une irritabilité facile, des difficultés de langage, de la fatigue, de la dépression, des crampes ; tous les problèmes qui découlent souvent d’un sommeil non réparateur “.

Un autre aspect qui peut conduire à amplifier la douleur est la raideur nocturne des mains due au syndrome du canal carpien.

Il y a beaucoup de facteurs qui peuvent influer sur l’aggravation de la douleur comme les interventions qui font maigrir brutalement car ce qui diminue c’est la masse maigre et non la masse grasse et cela peut être valable.

Que faire?
Il est très important d’avoir toujours les mêmes habitudes avant de s’endormir et aussi de garder la même position lors de l’endormissement ou de trouver le niveau d’éclairage ou d’obscurité qui se concilie le mieux avec la détente individuelle.

Il faut donc re-proposer un certain rituel qui peut aider à améliorer le sommeil mais la douleur doit encore être contrôlée avant tout.

« Au niveau pharmacologique, les sédatifs agissent peu chez le patient fibromyalgique alors que les gabapentinoïdes et le sodium oxydé sont indiqués, ce qui n’est pourtant pas facile à utiliser. Les gabapentinoïdes ont tendance à faire grossir et ne doivent donc pas être utilisés chez les sujets en surpoids ; ils agissent aussi sur les myoclonies nocturnes” précise le prof. Sarzi Puttini.

“Il faut aider le corps à se reposer le matin, mais le traitement est toujours empirique et différent pour chaque patient, donc, il faut essayer la molécule qui convient le mieux au type spécifique” poursuit le professeur.

En conclusion, comme l’a souligné Giusy Fabio “le matin, il faut être bon pour remonter les morceaux qui ont été éparpillés dans le lit pendant la nuit et donc au réveil la fibromyalgie a besoin de temps pour se recomposer”.

 

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